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Correlieu retrouvé – Mathieu Laca

  • Date de début
    20 Juin 2026
  • Lieu
    Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire

Correlieu retrouvé

En 1890, le peintre Ozias Leduc (1864-1955) se construit un atelier-résidence sur le verger familial à Mont-Saint-Hilaire. Il le baptise Correlieu, « un endroit où le cœur est en tout ». L’atelier accueille les artistes, les poètes et les intellectuels de l’époque, dont Paul-Émile Borduas (1905-1960), devenant ainsi un lieu d’échanges privilégié pour la communauté artistique. En 1983, près de 30 ans après la mort du maître, le bâtiment est incendié, puis démoli.

L’exposition du peintre Mathieu Laca se place sous le signe de cet atelier mythique. Dans son Correlieu retrouvé, Laca convie trois figures majeures : Ozias Leduc, Paul-Émile Borduas et Jordi Bonet (1932-1979), qui ont fait de Mont-Saint-Hilaire un berceau de l’art canadien. Le corpus présenté comprend des portraits des trois artistes, des images empruntant leurs styles et des citations visuelles de leurs œuvres, le tout réalisé à l’huile ou au fusain. Les ateliers-résidences de ce trio sont également recréés dans l’espace sous forme de maquettes poétiques. En plus de Correlieu, la Maison Paul-Émile-Borduas, dessinée et construite par l’auteur de Refus global, constitue un rare exemple d’architecture moderne pendant la période duplessiste. On trouve aussi l’édifice principal de style Tudor du Manoir Rouville-Campbell, habité par Jordi Bonet dans les années 1970. Une vidéo retrace l’ensemble de la démarche de Laca, qui s’est immergé au plus intime de leur art, notamment en battant la campagne pour visiter les nombreuses églises décorées par Leduc.

Au-delà de la simple admiration, Laca pose un regard neuf et singulier sur ces maîtres et identifie un thème cardinal pour chacune de leurs productions. Pour Leduc, il s’agit de la bonté, une qualité qui permet d’approcher le divin selon l’artiste. La bonté se manifeste d’ailleurs à travers l’humilité de ses sujets, pensons à L’heure mauve qui représente une branche aux feuilles mortes à demi enneigée, par ses éclairages enveloppants et sa touche caressante. La trajectoire de Borduas est guidée par une soif de liberté. En voulant s’affranchir d’une morale étriquée et des vieilles lunes, il a cherché sans relâche un langage pur et universel afin de traduire les profondeurs de sa psyché et se libérer du carcan de la tradition artistique figurative. Son œuvre résonne encore aujourd’hui comme une leçon d’authenticité et de sacrifice. La vie de Jordi Bonet a été marquée par les morts, c de la Guerre d’Espagne (guerre civile qui s’est déroulée sur sa terre natale entre 1936-1939), celle de son jeune fils happé par une voiture et par la sienne, puisque l’artiste est décédé prématurément à l’âge de 47 ans en raison d’une leucémie. Son œuvre s’est déployée comme un dépassement de cette fin que représente la mort en rendant visible ce qui est caché et qui survit à la disparition. Pour cette raison, Laca lui assigne le thème du mystère.

Dans l’exposition, ces trois thèmes jouent le rôle de vecteurs de création. Laca se les approprie pour orienter son travail vers de nouveaux horizons de sens, de nouvelles techniques et appréhender la réalité d’aujourd’hui à travers le prisme de la bonté, de la liberté et du mystère. Laca sort l’histoire de l’art des livres pour la mélanger à sa palette, démontrant ainsi le riche potentiel d’un patrimoine toujours vivant.